Je n’ai pas l’intention, dans cette chronique, d’entamer une série ministérielle pour suivre de près les faits et gestes de la vie de nos ministres, mais l’actualité fournit quand même de belles occasions de s’y attarder. Tant la cocasserie des situations interpelle sur le sérieux de cette vie gouvernementale.
Et là, le covid 19 n’y est pour rien.
Je suppose que, tout comme moi, vous ignoriez qu’il y avait depuis quelques années, une ministre de l’enseignement supérieur nommée Frédérique Vidal. Autrement dit, la ministre des universités.
Tant son action, par sa discrétion, avait échappé à tout le monde.

Mais, comme beaucoup d’autres ministres, celle-ci a la faiblesse, devant les caméras de TV, de se prêter à l’art périlleux de l’interview. Et par une petite phrase qui n’a duré que quelques secondes, elle est sortie de l’anonymat en déclenchant une polémique, une de plus, qui fait le plaisir des médias parisiens.
En blamant, je cite, « l’islamo-gauchisme qui gangrènerait les milieux universitaires », et en demandant une enquête au CNRS, dont je rappelle qu’il est le Centre National de la Recherche Scientifique en France.
Et je précise également que la ministre est elle-même universitaire, et doit bien avoir quelque connaissance de ce monde-là.
Sans grande surprise, les milieux concernés se disent scandalisés, et signent massivement une pétition pour demander la démission de la ministre, dont ils connaissent maintenant le nom.

Puis comme souvent, au bout de quelques jours, la polémique s’étiole.

Estimant ne pas avoir la compétence pour émettre un jugement pertinent, sur le fond, je me garderai de prendre position.
On sait, avec le recul, que les milieux universitaires ne sont pas toujours aussi indépendants intellectuellement qu’ils se piquent de l’être. Dans les années 1950 et 1960, ils étaient fortement influencés par le marxisme, le trotskisme, le maoïsme. Aujourd’hui, sont-ils gangrénés par l’islamo-gauchisme ?
Ce qui est certain, en tout cas, c’est que la manière de gouverner a bien changé.

De Gaulle, en son temps, affirmait que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille. Sous-entendu, pas à la bourse. Mais en affirmant des volontés politiques et par des décisions concrètes.
Aujourd’hui, la politique de la France se fait beaucoup devant les caméras. Comme si la parole et la posture pouvaient remplacer l’action, basée sur l’analyse des réalités, la réflexion, l’expérience!
Donc aujourd’hui, il est devenu quasiment normal qu’une ministre n’acquière quelque notoriété que le jour où, à la télévision, elle fait une déclaration qui prend les choses à rebrousse-poil.

Ce n’est pas flatteur pour la vie politique française. Ce n’est pas flatteur non plus pour le milieu concerné, les universitaires, qui réagissent là  d’une manière terre-à-terre, corporatiste, sans hauteur de vue.
Bref, le chacun pour soi et la vue courte.

 

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