LA CHRONIQUE de JC Julès
Démocratie, état de droit… et voyage en Absurdie.

Dans les pays occidentaux, entendez par là essentiellement l’Europe, l’Amérique du Nord, plus quelques pays asiatiques, on considère que la démocratie est la meilleure forme de gouvernement possible.

Si l’idée même vient des Grecs anciens, dans la pratique, la démocratie n’est courante chez nous que depuis à peine plus de 2 siècles. Et encore, pas partout, y compris en Europe.

Dans sa forme moderne, elle implique d’une part, que le peuple soit consulté régulièrement pour choisir ses dirigeants, et d’autre part, que ces dirigeants-là, une fois élus, ne puissent gouverner arbitrairement, et doivent, dans l’exercice du pouvoir, respecter des lois. Avec comme outil indispensable, ce qu’on appelle l’Etat de droit. Un ensemble de textes, qui ne sont pas éternels, mais qui ont été votés à un moment par des élus qui représentent le  peuple. Il est rare, en effet que la démocratie soit directe, que les citoyens prennent eux-mêmes les décisions. Mais ça peut arriver, lors de référendums, par exemple.

La qualité essentielle de la démocratie est donc cette représentativité populaire et aussi l’existence de contre-pouvoirs qui sont censés protéger de l’arbitraire.

Ce qui n’empêche nullement l’exercice de la démocratie de tomber parfois dans l’absurde. De plus, et c’est paradoxal à première vue, à cause de l’état de droit, à cause des lois existantes.

Un splendide exemple en a été donné au niveau local,  à Narbonne, le 10 juillet dernier lors du premier conseil municipal de cette mandature.

C’est le moment où le conseil municipal nouvellement élu procède à l’élection du maire. Qui, donc, n’est pas élu directement par les habitants, mais par les conseillers municipaux. Dans l’immense majorité des cas, c’est la tête de liste qui devient maire, d’où cette impression d’une élection directe au suffrage universel.

Mais le maire est élu par l’assemblée,  pour 6 ans, la durée du mandat et à scrutin secret. Un déroulement qui prend un certain temps. Ensuite, il faut désigner divers représentants de la ville dans une foule d’organismes.

Mais là, la loi prévoit qu’on puisse voter à main levée pour chaque cas, et qu’on puisse se passer du défilé fastidieux de chaque votant mettant son bulletin dans l’urne, et du dépouillement qui suit.

Sauf si…un seul conseiller demande le vote à bulletin secret. Ce qui arriva, le Rassemblement National ayant trouvé ce moyen raffiné pour se distinguer.

Alors il faut voter une quinzaine de  fois, et on entre dans ce que le journal l’Indépendant a appelé « l’enfer du vote à bulletin secret ». Un enfer qui découle de la loi. On vote, on revote, on re-re-vote, le résultat étant à chaque fois  connu d’avance, avec souvent un seul candidat. Sachant que si un vote à main levée dure 30 à 40 secondes, un vote à bulletin secret dure environ 17 mm, soit 20 fois plus. Et c’est ainsi qu’on fait perdre à une assemblée 4 ou 5 heures. Evidemment, la démocratie, elle, n’y gagne rien.

Bref, pour un premier contact et leur initiation à la vie démocratique, les nouveaux conseillers se sont vus offrir un voyage …en Absurdie.                       

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