Certes, la France est un des pays champions du monde de la grève et de la manif. Donc, une de plus, une de moins, ça n’a pas forcément grande signification.
Pourtant, il faut bien le constater, ces derniers jours ont été marqués par des mouvements de contestation qui semblaient passés de mode, l’occupation symbolique d’un lieu public.

A Toulouse,  ce n’est pas, comme à Washington, le Capitole qui a été investi par les manifestants, mais le Conseil Régional en séance. Un petit groupe de manifestants d’extrême droite a déjoué la surveillance des vigiles et s’est invité dans une séance plénière du Conseil de la région Occitanie, en brandissant une banderole.
A Paris, depuis quelques semaines, c’est le théâtre de l’Odéon qui est occupé par des intermittents du spectacle.
Un mouvement qui parait faire tache d’huile puisque chez nous, dans l’Aude, est né un collectif nommé Odéonze, qui a tenté d’investir le théâtre du Grand Narbonne. N’y ayant pas réussi, il s’est contenté pour le moment d’occuper le parvis. Toutefois, dans un mail adressé aux médias, ce collectif revendique le droit de « pouvoir occuper calmement et dignement le Théâtre ».
Ce qui est sans doute fort naïf, car rarissimes sont les occupations de lieux publics qui restent calmes et dignes ; dans les faits, elles finissent généralement par des dégradations, parfois énormes, et on comprend que les responsables du Grand Narbonne ne soient pas chauds pour ce genre de situation.

Mais là, pour ceux qui ont quelque mémoire, il est difficile de ne pas évoquer le symbole, l’occupation du même théâtre parisien en mai 1968, qui fut longue et qui marqua fortement cette révolte du monde de la culture et du spectacle de l’époque.
Aujourd’hui, on connait les raisons de la colère répétée des gens du spectacle. Salles de théâtre, de concert ou de cinéma fermés durablement, tout un secteur de la vie du pays condamné à vivoter, avec, en plus, l’outrage suprême pour certains : être considérés  comme non essentiels.

Toutefois, comme dit le proverbe, « comparaison n’est pas raison ».
Et l’explosion soudaine et inattendue de mai 1968 ne peut guère être comparée à la crise sanitaire actuelle, mais dans les deux cas, le point commun est une marmite qui bout, qui bouillonne même, et qui risque à tout moment d’échapper au contrôle.
Pour le moment, les occupations de lieux publics sont restées non-violentes, et relativement conformes aux règles et aux droits de la démocratie.
Mais le printemps approchant, et le mois de mai gardant sa forte valeur symbolique dans les esprits, il ne manquera pas d’agitateurs pour tenter d’exciter les humeurs, dans un contexte actuel, pour dire le moins, qui se prête fort bien à la contestation. Qu’elle soit compréhensible et motivée chez les uns, ou au contraire, relevant d’un simple gout pour la révolte et la violence chez les autres.

Le président de la république a annoncé une période difficile pour les semaines qui viennent. Je ne sais pas bien ce qu’il a voulu dire. Mais peut-être pensait-il à cette situation sociale d’exaspération, de tension, de pression contenue prête à exploser.
Le covid 19, devenu covid 21, irait-t-il jusqu’à engendrer en France un mai 2021?     

 

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