Aujourd’hui, gouverner, c’est essentiellement se présenter devant les caméras et les micros, et autant que possible, faire des bons mots.
Et si ces quelques petites phrases déclenchent des réactions, mieux encore, des polémiques, là c’est gagné !
Car dans le mundillo politico-médiatique parisien, il y a une ribambelle de gens dont le seul travail semble être de décortiquer les petites phrases médiatisées, de les retourner dans tous les sens, pour ensuite leur donner l’imprimatur du politiquement correct, ou au contraire, les vouer aux gémonies.

Ainsi, quand un ministre de l’intérieur, nouveau, donc en quête de reconnaissance rapide, vient parler « d’ensauvagement » de la société pour décrire une recrudescence de la violence dans la vie quotidienne, la bien-pensance parisienne, offusquée, lance immédiatement des cris d’orfraie.
Non pas pour contester les faits, mais pour la simple et bonne raison que ce langage ne serait pas politiquement correct. En effet, le vocable, paraît-il, est utilisé par l’extrême-droite, ce qui en fait automatiquement une parole interdite dans la bouche de l’intelligentsia bien-pensante, celle qui sait ce qui est bien, civilisé,  raffiné.

Pour corser le tout, si le mot employé par un ministre de l’intérieur est contesté dans les médias par le ministre de la justice du même gouvernement, là c’est carrément jubilatoire, la foule hurle de plaisir. On remet sur la sellette un affrontement que certains intellectuels français adorent, la police contre la justice !
Avec les mêmes poncifs idéologiques les plus cucul, une police forcément de droite, face à une justice forcément de gauche, dans un combat sémantique carrément surréaliste.

Car sur le terrain, bien sûr, on est à mille lieux de ces arguties pour débiles imbus de leur importance.

Certes il faut rappeler qu’en matière de vocabulaire, cette querelle d’Allemands n’est pas nouvelle, et que certains gouvernants précédents, il y a 20 ans,  avaient déjà ergoté sur la manière dont on peut décemment décrire ce phénomène fort désagréable, la violence banalisée.
Et, tiens comme c’est curieux, on avait déjà un ministre de l’intérieur qui avait utilisé le mot « sauvageon » pour décrire les auteurs de ces faits.
En contre feu,  on avait, non pas inventé, mais mis à la mode, le mot « incivilités ». Dans le but évident de minimiser le problème et de dédouaner de cette responsabilité les gouvernants de l’époque.
Car incivilité, en bon français, ça veut simplement dire manque de politesse, rudesse dans le comportement. Pas plus !

Par contre, dans le droit pénal français, il existe une classification et un vocabulaire bien précis pour décrire les infractions à la loi. Selon 3 degrés de gravité, il y a la contravention, le délit et le crime. Le mot crime, on le voit ici, ne signifiant pas forcément meurtre.

Question : quand de simples quidams se mettent à frapper un conducteur de bus jusqu’à le tuer, comment les beaux esprits nomment-ils ce fait ?
Ensauvagement ou incivilité ?     

 

 

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