Abstention…le tiers-état.  

Election, piège à cons ! Certes le slogan, fort prisé dans les années post-soixante-huitardes, a perdu de sa popularité 50 ans plus tard.
Mais pas forcément de sa crédibilité. En tout cas, le record absolu d’abstention du 20 juin 2021 semble démontrer que les élections, ces derniers temps, n’ont plus une grande cote auprès des citoyens français. Grosso modo, seul un tiers du tiers-état a fait l’effort de se déplacer pour choisir les conseillers départementaux et régionaux.
Alors évidemment, battre le rappel à grand bruit ne pouvait pas suffire à inverser la tendance pour le second tour.

Mais rien n’interdit de dresser quelques constats et de se poser des questions pour l’avenir.
On a pu constater depuis pas mal d’années que les électeurs se mobilisent de moins en moins quel que soit le type de scrutin. Même les municipales, élections de proximité par excellence, n’ont plus le succès de jadis.
On remarque aussi clairement que la participation au vote diminue avec l’âge en quelque sorte, et selon des sondages, seuls un quart des plus jeunes ont voté au premier tour.
A propos de sondage, on sait que ce n’est pas la première fois qu’ils se trompent lourdement, mais alors que jadis, ils avaient tendance à sous-estimer le vote Front National, aujourd’hui, à l’inverse, ils le surestiment. Ainsi, par exemple, en 2002, personne n’avait prévu la deuxième place à la présidentielle de Jean-Marie Le Pen, et l’élimination du socialiste Jospin qui en a résulté.
Cette fois-ci, au contraire, si ces sondages avaient bien annoncé la débâcle du parti présidentiel LaREM, aucun n’avait pressenti le mauvais score général du RN. Tous l’avaient surestimé. C’est flagrant, par exemple, pour les régionales en Occitanie, où le candidat FN qui devait faire le meilleur score au premier tour est, en fait, nettement distancé par la présidente sortante.
A l’époque les sondeurs expliquaient leurs échecs par le fait que les sondés hésitaient à dire clairement qu’ils allaient voter FN, alors qu’aujourd’hui, il semble qu’ils n’hésitent plus à le dire, mais ne se déplacent pas toujours pour le faire.

Enfin, certains déplorent également ce paradoxe : ces élections, notamment les départementales, ne motivent pas les électeurs, alors qu’elles concernent des élus de proximité, proches du citoyen, souvent des maires ou des conseillers municipaux.
Mais regardons la réalité en face. Si, dans les médias locaux, presse ou radio, ce côté proximité est bien présent et mis en valeur, aujourd’hui, la grande majorité des gens tirent leur information des médias nationaux, essentiellement, les TV. Des chaines qui se disent nationales, mais sont en fait parisiennes. Et qui voient tout, ou presque, à travers le prisme du parisianisme. Ainsi les élections régionales ont été continuellement considérées comme rien de plus qu’un ballon d’essai de candidats pour les présidentielles de 2022.
Comment, avec cette nourriture médiatique quotidienne, s’attendre à ce que le citoyen découvre le vrai visage local de l’enjeu, avec l’impact sur sa vie de chaque jour, et se sente concerné ?
Dans ces conditions, l’abstention étant déjà dans l’air du temps, on obtient sans grande surprise la désaffection record du 20 juin.

La société républicaine ne distingue plus entre aristocrates, clergé et tiers-état ; mais que seul un tiers du tiers-état participe aux choix des dirigeants, c’est peu flatteur pour la république.

 

 

 

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