L’Ena, ou école nationale d’administration, n’a pas pour finalité d’amuser le peuple, pour autant que je sache.
Pourtant, en lisant récemment une information touchant cette prestigieuse institution, j’ai dû me pincer pour m’assurer que je ne rêvais pas tant la chose était cocasse !
Le directeur de l’ENA fait savoir à l’AFP l’info suivante : « A partir de cette année, on généralise le stage en PME ». Afin, toujours selon M. le directeur, que les élèves, les futurs énarques,  je cite « se rendent compte des obligations que l’Etat, par ses normes, impose aux PME » fin de citation.
Ainsi donc, cette ENA, qui fournit depuis 50 ans l’essentiel des gouvernants de ce pays découvre l’existence de ces entreprises françaises, qu’on nomme petites et moyennes, et qu’on résume sous ce sigle de PME. Et en plus, elle le reconnait ouvertement, soulignant une insuffisance qui, à vrai dire, est à peine croyable. En tout cas pour ceux qui depuis autant de décennies, sont béats d’admiration devant ces énarques, censés avoir la science infuse.

Pour ceux, au contraire, qui ont compris que cette ENA n’est pas la chance formidable que la France se persuadait d’avoir, pour ceux-là, il y a belle lurette qu’on connait les limites de ces gens. D’ailleurs, le président de la république actuel, M. Macron, n’a-t-il pas annoncé, en campagne électorale, son intention de supprimer cette école ?
Précision, il est lui-même énarque,  tout comme son actuel premier ministre, M. Castex, et comme l’ancien, M. Philippe. Et une ribambelle d’autres ministres, ou de membres des cabinets ministériels, ou de patrons des grandes entreprises du CAC 40. Surprenant, donc cette idée de vouloir supprimer cette école d’administration ? Est-ce une prise de conscience de son impopularité ?

Pourtant, en prenant le temps d’y réfléchir sereinement, est-ce vraiment absurde, en France, de former des gens qui connaitront le fonctionnement de l’Etat, les rouages de son administration, affreusement complexe d’ailleurs, voire hypertrophiée. Autrement dit, n’est-il pas utile de former des administrateurs ?  La réponse est dans la question.

Seulement voilà. Il règne, je crois, un malentendu fondamental dans ce pays, une confusion fort préjudiciable : administrer est une chose, mais gouverner est une toute autre chose !
Or, depuis plus d’un demi-siècle, on croit qu’un énarque a toutes les compétences et les qualités humaines pour faire un bon gouvernant ; erreur gravissime, probablement la source de beaucoup des problèmes de la France d’aujourd’hui. Que certains énarques, je dis bien certains, aient également des qualités de futurs gouvernants, j’en suis convaincu. Et après tout, connaitre les rouages de l’Etat, ça ne nuit pas pour une bonne gouvernance. Mais c’est insuffisant. Gouverner, ça ne s’apprend pas à l’école, ça s’apprend sur le terrain, au contact des réalités.
Cette déclaration du directeur de l’ENA est un aveu cruel, mais réaliste : de nombreux énarques sont ignorants du monde de l’entreprise, du moins les PME. Qui, c’est fâcheux, représentent pourtant la grosse majorité des emplois en France. Donc de l’économie. Donc de la production des richesses de la nation. Comment, dans ces conditions, pouvoir prétendre tenir solidement les rênes d’un pays ? 

Si un jour on prend en compte cette réalité, si on parvient à admettre que les Enarques ne sont que des administrateurs, pas des gouvernants-nés, alors  la vie politique française aura sans doute un autre visage.
En attendant, ceux qui sont supposés être, selon la belle formule,  les « grands serviteurs de l’Etat », sont souvent vus, plutôt, comme les « grands profiteurs de l’Etat ».  Triste constat d’échec.

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