Le droit de manifester est incontestablement un droit fondamental dans la république française.
Pour autant, je ne suis pas certain que voir la police elle-même manifester soit très flatteur pour ladite république. Disons que ça ne me semble pas dans l’ordre des choses.
Remarquons au passage que les policiers n’ont pas le droit de grève, mais qu’ils ont le droit de manifester. Et lorsqu’ils le font, ce qui reste exceptionnel, c’est essentiellement, sans entrer dans les détails, sur leur temps de repos ou de loisir. Voilà pour la forme.

Mais sur le fond, c’est autre chose. Que la police en arrive à devoir descendre dans la rue pour exprimer son malaise, c’est un signe de dysfonctionnement de l’état, de notre machinerie républicaine.
Certes, les policiers sont des citoyens comme les autres. Mais la police n’est pas une corporation parmi d’autres, c’est ce qu’on nomme une fonction régalienne de l’Etat avec un grand E.
C’est-à-dire un des piliers fondamentaux sur lesquels se base l’autorité, donc le bon fonctionnement, de cet Etat. Qui ne peut donc reposer que sur une confiance mutuelle.
Policier a toujours été un métier qui comporte des risques, et des policiers tués en faisant leur travail, ce n’est malheureusement pas nouveau.
Mais beaucoup de policiers ont, comme ils le disent, le sentiment de ne plus être dans cette confiance réciproque, avec un soutien permanent et affirmé de l’Etat et de la population. Ils se sentent abandonnés dans une mission délicate, et surtout, incomprise. Comme si elle n’était plus régalienne.

Les raisons de cette situation ? Elles sont complexes, et varient aussi selon la sensibilité politique de chaque individu.
Certains diront que la justice est laxiste, que les sanctions envers les coupables de délits ou de crimes sont insuffisantes, voire inexistantes. Une impunité qui encourage la violence envers les policiers.
Mais peut-être aussi que la mission de la police, et les moyens qui vont avec, ont besoin d’être redéfinis, précisés.
Elle est là pour assurer l’ordre, et protéger la population dans son ensemble.
Cependant, pour une partie de la population, la police n’est qu’un outil de répression. Ce qui en fait quelque chose comme un ennemi.

Alors, il me revient en mémoire une séquence au cours de laquelle la police avait été recadrée sans ménagement par rien de moins que le ministre de l’intérieur lui-même. Il s’appelait Nicolas Sarkozy, et c’était à Toulouse en 2003.  Une expérience de police dite de proximité avait été tentée.
Mais M. Sarkozy avait déclaré à des policiers décontenancés : « « Le travail de prévention que vous faites est très utile, mais vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c’est bien, mais la mission première de la police c’est l’investigation, l’interpellation, la lutte contre la délinquance.»

Que je sache, cette doctrine n’a pas été remise en cause depuis. Or, elle restreint clairement le rôle de la police à la répression. Finies les relations humaines entre policiers et jeunes des quartiers comme on dit. Avec le double avantage d’une meilleure estime réciproque, et, largement aussi important pour des policiers, la faculté de glaner des informations en côtoyant ces jeunes dans un contexte favorable à la confidence. Avec, ainsi, l’image d’une police amie, pas ennemie.
Peut-être serait-il temps de redéfinir ce qu’on attend de notre police, en rappelant avec force que sa mission première en démocratie n’est pas de réprimer, mais de protéger.   

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