Je ne sais pas si vous avez remarqué de quelle manière notre vocabulaire français s’enrichit par les temps qui courent.
De nouveaux vocables surgissent dans la sphère politico-technocratique, essentiellement à base du préfixe privatif « dé » comme dans déconstruction, ou du nombre zéro, comme dans zéro défaut.
Quelques exemples à la mode : dématérialisation, décarbonation, désimperméabilisation des sols, pour la première catégorie.
Ou zéro phyto, zéro tolérance, zéro artificialisation des sols, pour la seconde catégorie.

Vous remarquerez au passage la longueur et la lourdeur de ces nouveaux mots. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que les technocrates soient poètes ni pédagogues. Leur souci premier n’est pas d’être compréhensible par le quidam moyen, au contraire, comme le prouve la clarté du vocabulaire créé.
A noter également, beaucoup de ces néologismes touchent à l’écologie, ou, pour parler techno, la transition énergétique.
Et si vous avez le sentiment que ce jargon a essentiellement pour but de noyer le poisson, vous n’avez sans doute pas tord.
Car lorsqu’on veut convaincre, faire vraiment passer un message dans le public, on s’efforce d’expliquer les choses. Avec des mots simples.

Prenons le cas de la décarbonation. Si je comprends bien, ça signifie qu’il faut encourager la production d’énergies qui produisent peu, ou pas du tout, de gaz carbonique. Un gaz à effet de serre, donc selon les scientifiques, responsable du réchauffement climatique.
Le terme « décarbonation » décrit ce processus d’élimination du charbon, du pétrole, au profit de l’éolien, de l’hydraulique, du solaire, de l’hydrogène.
Est-il bien clair et concret pour tout le monde que ça implique aussi que dans un pays comme la France, où l’électricité provient majoritairement du nucléaire, le réalisme impose de prendre en compte cette donnée incontournable ?
Quand on habite dans la Narbonnaise, par exemple, est-il bien clair pour tous que l’usine Orano de Malvési est un des premiers maillons de la chaine de production du nucléaire, et qu’elle sera encore présente dans le paysage pendant de nombreuses années ?
Et qu’il ne suffira pas de se dire écologiste pour bouleverser cette réalité ?

Comme les médecins au moyen âge parlaient latin devant les patients pour masquer leur ignorance devant la maladie, on peut craindre que ce jargon technocratique, repris volontiers par les politiques, ne serve plus de rideau de fumée que de moyen de clarification.
Alors concrètement, pour vous prouver que vous êtes un citoyen responsable, posez-vous la question en fin de journée, afin de vous endormir tranquille : voyons, qu’ai-je fait, aujourd’hui, pour contribuer à …la décarbonation ?   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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