Au-delà du Covid 19, qui touche Emmanuel Macron et qui a emporté Valérie Giscard d’Estaing, le décès récent de ce celui-ci a mis en lumière un phénomène de la vie politique française qui, jusqu’ici, était passé relativement inaperçu : une certaine ressemblance entre deux présidents et deux présidences, Emmanuel et Valérie.
En tout cas, M. Macron, par son hommage appuyé et son rappel insistant des bons côtés de la présidence de M. Giscard d’Estaing avec sa modernité et sa volonté de réformer la société, a clairement tenté d’établir un parallèle.
La ressemblance ne crevait pas les yeux ; forcément, car les époques sont très différentes, et 43 ans séparent les deux élections. M. Macron n’était pas né quand Giscard a été élu.
Mais en y regardant de plus près, on trouve effectivement des similitudes marquantes.

D’abord, Giscard, ou VGE comme on disait alors, élu en 1974 à moins de 50 ans était un jeune président pour l’époque. Macron, élu à moins de 40 ans, fait encore mieux en matière de jeunesse, mais de nos jours cela surprend moins.
Les deux ont fait l’ENA, mais ça, ce n’est guère un signe distinctif aujourd’hui. Giscard et son entourage constituaient le début de l’énarchie massive dans la gouvernance française. Macron ne constitue qu’une continuité, avec un regard d’ailleurs beaucoup moins positif de l’opinion publique sur la valeur de cet apport uniformisé et sur la capacité de ces gens à bien gouverner.

Sur le plan politique, l’un, comme l’autre, sont plutôt centristes, même si Emmanuel Macron a pu laisser croire à un moment que le PS le séduisait. L’un comme l’autre, aussi, ont été élus davantage sur leur personne que portés par des appareils politiques. Pour Giscard, cela s’est vite révélé une faiblesse, et ses problèmes avec Chirac et le parti gaulliste sont entrés dans l’histoire.
Pour Macron, on peut déjà dire que son parti, la République en Marche n’a pas réussi son implantation sur le terrain au bout de 3 ans de mandat. On l’a vu aux élections municipales. On risque de le revoir aux prochaines départementales et régionales.

Autre similitude, si on veut bien chercher : l’un comme l’autre ont été élus par surprise, grâce à des circonstances semblables : l’élimination de concurrents à priori favoris par des révélations fâcheuses du Canard Enchaîné ; amusant à 43 ans d’écart, Chaban-Delmas en 1974, Fillon en 2017.

Quant à la modernité réformatrice de Giscard, tant soulignée par Macron, il est vrai que le président élu en 1974 a bien dépoussiéré la France d’après mai 68, et il y avait un gros rattrapage à faire ; les réformes faites par VGE en France étaient très attendues, mais souvent elles ont simplement suivi ce qui avait déjà cours dans d’autres pays européens : l’avortement, la majorité à 18 ans, une amélioration de la condition de la femme dans le sens de l’émancipation, la fin de la censure cinématographique, etc…  Giscard est aussi celui qui a appliqué la TVA à la consommation courante et aux services ; impôt qui est peut-être moderne, mais équitable, c’est moins sûr.

Toutefois il y a, j’en suis certain, un point sur lequel M. Macron ne voudra pas ressembler à Giscard : celui-ci a fait un seul mandat.
Il a été battu en 1981, après une gestion maladroite de l’affaire des diamants de Bokassa, révélée cette fois encore par le Canard Enchaîné, en souffrant d’une image d’arrogance qui, à tord ou à raison, lui collait à la peau.
Mais aussi, c’est historique, parce que certains Gaullistes, dont Chirac, ont voulu se débarrasser de lui. Et y sont parvenus.

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