La France a appris ce 8 avril que le président de la république avait décidé de supprimer l’ENA, l’école nationale d’administration. Pour mettre à la place un ISP, institut du service public.
Il est vrai que M. Macron avait déjà fait part publiquement de cette intention-là, mais cette annonce, en pleine course à la vaccination plus ou moins désespérée de beaucoup de Français, a de quoi surprendre. Pourquoi maintenant ?  Tout cela ressemble à de la pure manœuvre politicienne.  

Maintenant, si la chose se réalise, je verserai pas une larme pour l’ENA et les énarques. Je n’ai jamais été séduit par la manière dont cette soi-disant élite gouverne la France.
Toutefois, je ne pense pas que le problème de fond soit l’ENA, l’école elle-même, mais plutôt les énarques, et le rôle excessif, voire abusif, qu’ils se sont attribués dans l’exercice du pouvoir.
Car l’école est sensée former des administrateurs, qui connaitront le fonctionnement de l’Administration avec un grand A. Qui, en France, est fort compliquée, comme on le sait. Donc, en maîtriser les rouages ne peut en aucun cas constituer un défaut.

Par contre, l’abus de confiance envers le peuple, je dirais presque l’arnaque intellectuelle, c’est de faire croire que ce label d’énarque en fait une élite, des gens plus intelligents que les autres, et donc des gouvernants potentiels de choix.
Confusion grossière, erreur suprême ; administrer est une chose, gouverner est une tout autre chose. Mais qui saisit la nuance ?
Pour bien gouverner, il faut bien connaitre la société dans laquelle on vit, pas seulement les administrations. Il faut être en contact avec les citoyens, pour savoir comment ils vivent, quels sont leurs problèmes quotidiens concrets.
Or, sans crainte d’exagérer, c’est quasiment le contraire du profil moyen de l’énarque. Qui, souvent, est issu de milieux aisés, et, pour tout contact avec les réalités du monde du travail, a fait, en fin d’étude, un stage…dans une préfecture !

Et, surtout, je ne vois pas en quoi le fait d’avoir étudié le fonctionnement de l’administration du pays les rendrait plus intelligents que des gens qui ont étudié la médecine, l’ingénierie, les langues, les mathématiques, la chimie, ou que sais-je encore ?
Disons les choses sans complaisance, le grand atout d’un énarque,  c’est… son carnet d’adresses.
Qui va lui donner la possibilité de se placer; dans l’administration, ce qui est logique puisqu’il en a la compétence, ou dans le privé, ce qui est moins logique, car là, sa compétence reste à prouver.
En outre, il y a la pratique douteuse de ce qu’on appelle « le pantouflage », le passage du public au privé et vice-versa, et les conflits d’intérêt qui vont avec. C’est théoriquement règlementé et contrôlé par la loi. Or dans les faits, c’est beaucoup moins glorieux, et le carnet d’adresses reste un passeport formidable.
Ainsi les énarques, en France, ont squatté le pouvoir depuis des décennies. Le pouvoir politique et économique.

Mais est-ce l’école qui est responsable ? Le problème, c’est ce que font les énarques après l’école, avec cette mainmise de fait sur le pays.
Soyons justes, certains énarques ont aussi des capacités pour gouverner, s’ils font l’effort d’apprendre la vraie vie après l’école. Et il est utile qu’il y en ait dans un gouvernement. Dans quelle proportion ? Je laisserai à chacun le soin de l’évaluer. En tout cas, si ces énarques étaient tous super compétents, je crois qu’on s’en serait aperçu.
Enfin, je rappellerai simplement que les deux premiers ministres choisis par M. Macron jusqu’ici sont …énarques. Alors, M. Macron, énarque lui-même, est-il sincère, et crédible pour supprimer l’ENA  ?  

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