40 ans après, comme c’était prévisible, la date du 10 mai 1981 est revenue en force dans les médias.
Pour ceux qui l’ont vécue, c’est un souvenir marquant, souvent même, émouvant. Après une longue attente, la gauche revenait au pouvoir en France, avec François Mitterand à la présidence de la république. Une date historique avec une symbolique forte tant elle était porteuse d’espoir pour le peuple de gauche. Il faut dire que le slogan électoral du moment était « changer la vie » ; rien que ça !

Et objectivement, des changements conséquents sont intervenus.
Entre autres choses, l’histoire aura retenu que Mitterand a libéralisé les ondes.
Ce qui est vrai en partie seulement; car il y a la mythologie, et la vérité historique.

Ayant vécu de très près cette période, et ayant fondé en mai 1981 la radio que vous écoutez aujourd’hui, je me dois d’apporter des précisions pour, en quelque sorte, rendre à César ce qui appartient à César.
Que l’arrivée au pouvoir de François Mitterand ait permis l’éclosion des radios locales, c’est incontestable. Que Mitterand ait voulu avec force leur existence, ça c’est autre chose, et ça mérite d’être nuancé.  Explications et rappels.

A l’époque de Giscard président, la radiodiffusion était monopole d’état. Certains luttaient contre cette absence de liberté, et François Mitterand lui-même, dans l’opposition à ce moment-là, s’était retrouvé impliqué en 1979 dans une affaire de « radio pirate », comme on disait alors. Le parti socialiste avait créé une radio FM à Paris, appelée Radio Riposte. Une radio illégale donc, et François Mitterand, premier secrétaire du PS, avait été inculpé.
Or, quand celui-ci entre à l’Elysée en mai 1981, le procès n’a pas eu lieu, il est donc toujours sous le coup de cette inculpation.
Alors imaginez le tableau : le président de la république jugé pour création de radio pirate. Il était facile de comprendre que cette situation nouvelle rendait ringarde la loi sur le monopole de radiodiffusion. Et immédiatement, un certain nombre de radios FM commençaient à émettre. Parmi elles, à Narbonne celle-ci, qui est devenue Grand Sud FM, et qui s’est fait connaitre le 11 juin 1981 par une émission spéciale et symbolique présentée aux élus de la ville.
Toutefois rien n’était  simple ; la loi ancienne existait toujours, et nos émissions restaient illégales. Mais évidemment le nouveau gouvernement en place ne pouvait décemment pas sanctionner les responsables ; alors pendant longtemps, il s’est contenté de tolérer. Sans se presser pour légaliser une situation qui ne lui était plus très favorable, car il était au pouvoir et disposait désormais des médias nationaux, radios et télévisions.
Ainsi, il a fallu attendre l’été 1984 pour que notre radio narbonnaise obtienne sa première autorisation de l’Etat, soit plus de trois ans.
A ce moment-là, les radios locales se développaient un peu partout, et devenaient légales. Mais beaucoup n’avaient pas attendu l’autorisation pour exister, et il régnait un désordre certain.
Il est cocasse de rappeler, par exemple que le président sortant et battu, Giscard d’Estaing avait la sienne. Celui qui avait interdit les radios locales quand il était au pouvoir ne s’est pas embarrassé de scrupules. Devenu opposant, il avait été parmi  les premiers à en créer une dans sa ville de Chamalières.

C’est ainsi que se sont passées les choses. S’il ne s’est pas précipité pour légaliser les radios FM,  au moins François Mitterand sera resté cohérent en laissant se développer une situation qu’il avait encouragée quand il était opposant.
A défaut d’une volonté clairement exprimée, Il est donc inexact d’affirmer qu’il a libéralisé les ondes. En revanche, il est juste de dire que c’est son arrivée au pouvoir qui a créé les conditions propices à l’explosion des radios dites libres.  Belle nuance! Mais  c’était… il y a 40 ans.

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