J’ai déjà évoqué dans cette chronique la manière dont certaines personnes utilisent le jargon soit pour paraître plus savantes, soit pour masquer une incapacité d’agir.
Il s’agit essentiellement de la classe politique et des technocrates.
Un jargon qui ne va pas dans le sens de la clarté, mais qui, au contraire, s’applique généralement à brouiller les pistes.

Ainsi, dans le champ de ce qu’on appelle « transition écologique » j’aime particulièrement la  « décarbonation », ou la « désimperméabilisation des sols », ou encore le « zéro artificialisation des sols ».
Je vais revenir sur un dernier exemple que j’ai trouvé délectable, mais auparavant, un mot également sur la nouvelle tendance gouvernementale, et macronienne, à créer des états généraux dès lors que surgit un problème dans un certain secteur.
Et on affuble cette grand’messe du nom du lieu où siège le ministère concerné. On avait eu en mai 1968 des accords de Grenelle parce que le ministère du Travail se trouve rue de Grenelle. Mais récemment, on a inventé le Ségur de la Santé, le Beauvau de la police.
J’attends maintenant avec impatience le Vendôme de la justice, le  Grenelle de l’éducation. Un Valois de la culture, ça aurait de la gueule ; sans parler d’un Saint-Dominique de l’armée. Evidemment, tout cela, sans garantie d’efficacité, mais là n’est pas l’objectif principal.

Retour sur le latin de cuisine employé par nos technocrates parisiens, qu’ils soient dans les administrations ou à la tête de grandes sociétés. Leur point commun étant d’avoir fait l’Ena, ou science po, ou ce genre d’institution qui est sensée fabriquer l’élite de la France.

Il y a quelques jours, paraissait un supplément de 8 pages à la presse locale, commandité par Vinci Autoroutes. Un dossier spécial mobilités à propos de l’autoroute des 2 mers,  ou encore l’A 61 , pour expliquer les travaux entamés notamment pour sa mise à 2×3 voies.
Avec des photos, des croquis, des interviews, illustrant le chantier en cours et à venir. Bref, un document a priori utile, et effectivement, on y apprend des choses.
Mais aussi, inévitablement, avec un article écrit à ce qu’il semble par le président de Vinci Autoroutes. Et un jargon dans la plus pure ligne de ce qui se pratique dans la technocratie française : «renaturation du domaine autoroutier », « éco-mobilités », et un chef-d’œuvre du genre, « décarboner les mobilités ». Une formule qui, vu son caractère techno-génial, sert comme il se doit de titre au dossier publié par la presse.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, aujourd’hui, ce qu’on nomme les mobilités, c’est l’ancien français « transport ». La voiture, le train, le vélo, tout cela c’est des mobilités.
Mais alors me direz-vous, « décarboner les mobilités » qu’es aco ?
En réfléchissant, je suppose que ça signifie se déplacer en polluant peu ou pas du tout.
Et en continuant ma réflexion, je me dis que c’est exactement ce que j’ai fait en venant à pied à la station de radio Grand Sud FM, pour y faire cette chronique.
Et soudain, alors que je pensais avoir accompli un geste banal que je réitère d’ailleurs depuis des lustres, je prends conscience avec une fierté indicible que je viens de contribuer  à une action extraordinairement noble : j’ai, moi aussi, « décarboné les mobilités ».

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