Décidément, notre pays est incorrigible. En France protestation et manifestation sont, et restent, aussi indispensables que l’air qu’on respire. Même en période d’épidémie et de confinement.
Dans la plupart des pays démocratiques, où la liberté de manifester existe tout comme en France, on préfère régler les problèmes autour d’une table, par la discussion, la négociation, quand bien même cela prend du temps. La grève et la manifestation de rue, on garde ça pour les cas graves, exceptionnels.
En France, où on prétend que tout finit par des chansons, tout ou presque, commence par des manif.
Rien que la semaine passée, chez nous, on en a eu deux. Une du monde viticole contre des restrictions annoncées dans l’usage du glyphosate, que l’on ne présente plus, et une autre des pêcheurs-chalutiers contre des restrictions annoncées de quotas de pêche.
Dans ces deux secteurs, il existe des syndicats représentatifs, donc crédibles, et des ministres qui siègent au gouvernement.

On pourrait s’attendre à ce que les désaccords soient d’abord largement exposés au ministre, discutés, avec même, ce n’est pas absurde, un système de navette ou l’on se revoit après avoir réfléchi, consulté, fait expertiser, bref, un fonctionnement normal, voire banal, de la démocratie.
Eh bien non ! Sous nos latitudes, dans le pays qui rappelle volontiers qu’il est celui du rationalisme et des droits de l’homme, il semble indispensable de descendre dans la rue pour défendre certains intérêts, professionnels par exemple.
Certes, certes, le droit de manifester est constitutionnel, fondamental, et c’est très bien ainsi.
Mais, on ne le sait que trop, une manifestation comporte toujours des risques. De dérapages, d’affrontements, de violence entre manifestants et, comme on dit, forces de l’ordre, CRS ou gendarmes. Car une manifestation, même légale, autorisée, crée inévitablement une situation propice aux fauteurs de trouble professionnels. Et à l’expression de la violence. Avec des dégâts humains et matériels.
Et même lorsqu’elle reste pacifique, ce qui heureusement, correspond à la majorité des cas, une manifestation entraîne une mobilisation de forces policières, ce qui a un coût indéniable pour les finances publiques.

Manifester, c’est un droit inaliénable, un droit dont on peut user, mais dont il serait sans doute profitable d’user avec modération, pour lui conserver toute son efficacité.
Hélas dans ce pays, d’un côté comme de l’autre, on est infoutus de le comprendre. On ne semble pas capables d’imaginer autre chose que l’affrontement perpétuel entre des gouvernants, que nous avons nous-mêmes choisis, et les gouvernés.
La raison en est probablement, en France, la multiplicité des syndicats, avec une surenchère continuelle entre eux : je manifeste, donc j’existe. Pour certains syndicats et partis politiques, la manif, c’est une vitrine. 

Alors je me contenterai de poser simplement la question ainsi : vivrait-on plus mal en France, et la république se porterait-elle moins bien, si on s’épargnait ce gaspillage humain et financier que sont les sempiternelles manif ?

 

 

 

 

 

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