Dans notre pays, où les manifs semblent aussi indispensables que l’air qu’on respire, l’inconvénient de l’usage pléthorique de ce droit fondamental est que plus personne, ou presque, n’y prête attention. Même lorsque que le sujet mériterait qu’on s’y arrête.
La semaine dernière à Narbonne, quelques associations ont tenté d’alerter l’opinion sur « l’arrivée d’un monde sans contact » et « la perte de relations sociales » à cause du tout numérique.  C’est-à-dire de la présence envahissante dans nos vies de l’internet, au détriment du contact direct entre les personnes. Ce qui n ‘est pas faux.
Evidemment, pour les raisons évoquées en début de cette chronique, cette manif de plus est passée totalement inaperçue mis à part une petite médiatisation dans la presse locale.

Il faut remarquer, ou peut-être même regretter, que les manifestants se sont contentés de résumer le tout numérique … à Amazon et la vente par internet. Ce qui donnait à leur action une allure gauchiste et en diminuait considérablement la portée. Vous savez, Amazon, la société la plus riche du monde, le capitalisme, américain de surcroit…autant de griefs éculés qu’on a entendus mille fois.
C’est bien dommage car cette manie envahissante du tout internet est un véritable problème de société.

On sait que le temps quotidien moyen passé devant les écrans atteint des doses alarmantes, avec son corollaire, manque d’activité physique, repli sur soi, et ses conséquences désastreuses, dont l’obésité des enfants par exemple. Les écrans, ça veut dire la TV, mais aussi, depuis quelques années, l’ordinateur, et surtout maintenant, sa version miniature, le smartphone. Non plus seulement comme téléphone, car cet outil-là garde au moins l’avantage d’un échange de paroles, donc une certaine humanité. Mais comme instrument de fascination, qui attire et retient, et finalement, renforce l’isolement, et la dépendance.
Et bien sûr, ce danger ne peut se résumer à Amazon. D’ailleurs, la vente par correspondance existe depuis des décennies, et si Amazon n’a fait qu’accentuer le phénomène, il n’a rien inventé.

En outre, il est incontestable que l’internet est un outil qui peut rendre des services extraordinaires, il faut être stupide pour ne pas le reconnaitre.
Et lorsqu’il reste à sa place, celui d’un outil, j’oserai dire qu’il constitue un progrès technologique de premier plan.
Seulement aujourd’hui, il dépasse largement ce cadre. Internet devient une obsession, une puissance dominatrice, bref, il bouffe nos vies.
Et ça, ce n’est pas la faute d’Amazon, ni de la vente à distance.
C’est la faute de ceux qui tombent dans le panneau, mais aussi de toutes ces administrations qui prônent ce qu’elles affublent du magnifique nom technocratique de « dématérialisation ».  Là encore, un outil appréciable, à condition qu’on ne l’impose pas à tous.
Et le ministère de la santé, avec sa volonté de faire dans le tout numérique pour la vaccination, n’impose t’il pas lui aussi, une obligation de passer du temps devant les écrans ? Quand on voit, en plus, l’efficacité que connait la méthode, il y a de quoi s’inquiéter.

Alors, oui, ceux qui ont la naïveté de croire que le tout numérique, c’est l’avenir et le bonheur, méritent qu’on les alerte et qu’on les détrompe.
Mais à condition qu’on évite la démagogie et que chacun prenne sa part de conscience et de responsabilité.
Et là, il reste du travail à faire!   

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